AS Entreprises a choisi le thème de l’IA pour son assemblée générale qui se déroulera le 21 mai à Reims. Samuel Gaulay
et son petit robot feront vivre aux participants une expérience passionnante sur l’IA, l’IB et l’IC. Il nous livre quelques réflexions en primeur.
Pouvez-vous nous décrire votre parcours et vos activités en quelques mots ?
Samuel Gaulay : Entrepreneur d’abord. En 2012, j’ai fondé IT Social, devenu le 3ème média IT français. Depuis 8 ans, je suis deux jours par semaine en immersion au Lab Innovation de Capgemini, où je vois passer une centaine de décideurs par an qui viennent parler transformation. J’ai créé mon propre laboratoire à Paris, le MAGICLAB, un espace immersif où je reçois des dirigeants pour leur faire vivre l’innovation plutôt que leur en parler.
Et depuis plus de dix ans, je monte sur scène, en France et à l’international, comme conférencier et auteur de la méthode IA + IB + IC, une approche pour combiner intelligence artificielle, humaine et collective dans les organisations.
Accessoirement, je suis aussi magicien. Ce n’est pas anecdotique : la magie m’a appris que ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on dit, c’est ce que l’autre retient.
Pourquoi vous être intéressé à l’intelligence artificielle ?
SG : Je ne me suis pas intéressé qu’à l’IA. Je me suis intéressé surtout au problème qu’elle révèle. Plusieurs études récentes montrent que 96 % des entreprises ne constatent aucune transformation organisationnelle majeure malgré leurs investissements.
Pourquoi ? Parce qu’elles abordent l’IA comme un outil à intégrer, alors qu’il s’agit d’une transformation profonde des méthodes, des façons de collaborer, des priorités. L’IA m’intéresse parce qu’elle oblige chacun à se reposer la vraie question : où est ma valeur unique ? C’est la seule qui vaille, que vous dirigiez une entreprise du CAC 40 ou une exploitation familiale.
Vous intervenez pour de grandes entreprises et des PME. Qu’est-ce que cela vous a appris sur la place de l’intelligence artificielle dans les organisations d’aujourd’hui ?
SG : Une chose très simple : partout, le problème est le même. Que je sois chez un géant de la tech, dans un centre de recherche publique, dans une maison de couture ou dans un cabinet d’expertise comptable, la difficulté n’est jamais technologique. Elle est humaine et organisationnelle.
L’IA est accessible à tous. Ce qui sépare ceux qui en tirent une vraie valeur de ceux qui s’épuisent à la superviser, c’est l’orchestration : savoir ce que l’IA doit faire, ce que les humains doivent garder, et où le collectif doit intervenir.
On ne manque pas d’intelligence artificielle dans le monde. On manque d’architectes des intelligences.
AS Entreprises accompagne en particulier les agriculteurs et viticulteurs. Quel regard portez-vous sur l’utilisation de l’IA en agriculture ?
SG : Je ne suis pas agriculteur. Je vais donc vous partager ce que j’observe de l’extérieur, avec la grille IA + IB + IC.
Dans votre métier, deux intelligences sont exceptionnellement fortes. L’intelligence biologique — ce savoir-faire transmis, cette lecture du ciel et du terrain, cette intuition qu’aucune machine ne reproduit. Et l’intelligence collective — les coopératives, les syndicats, la transmission entre générations sont dans votre ADN depuis bien avant que le mot « collaboration » devienne à la mode.
Ce qui est nouveau, c’est l’intelligence artificielle. Et elle a énormément à apporter : imagerie satellite, capteurs de parcelle, prévision des maladies, optimisation des traitements, aide à la décision face au dérèglement climatique.
Mais le piège est le même qu’ailleurs : croire qu’il suffit d’acheter l’outil. L’enjeu, c’est d’orchestrer l’IA avec ce que vous maîtrisez déjà. Pas l’un à la place de l’autre. Les trois ensemble.
IA, IB, IC, derrière ces trois lettres se cache une vision. En quoi consiste-t-elle,
et pourquoi est-il urgent de les combiner ?
SG : Ce sont trois intelligences complémentaires.
L’IA, Intelligence Artificielle : elle analyse, synthétise, prédit. Rapide et infatigable.
L’IB, Intelligence Biologique : la nôtre. Elle donne du sens, décide, assume. Irremplaçable.
L’IC, Intelligence Collective : celle du groupe, du réseau, du territoire. Elle enrichit, challenge, fait émerger des idées que personne n’aurait eues seul.
L’erreur, c’est de choisir entre les trois. La réussite, c’est de les combiner.
Pourquoi urgent ? Parce que les organisations, entreprises, exploitations, coopératives, qui sauront combiner intelligemment les trois prendront une avance considérable. Les autres feront de la productivité marginale sur les méthodes du passé. L’IA ne sert pas à faire mieux ce qu’on faisait hier. Elle sert à faire autrement ce qu’on fera demain.
Beaucoup craignent que l’IA remplace l’humain. Selon vous, est-ce la mauvaise question ?
SG : Oui, c’est la mauvaise question. La bonne n’est pas « Est-ce que l’IA va me remplacer ? » mais « Est-ce que je vais garder ma valeur unique ? » L’IA ne remplacera pas un agriculteur. Elle ne sait pas sentir une terre, juger un équilibre, transmettre un terroir. Ce qu’elle fait, c’est décharger l’humain de tâches répétitives pour lui libérer du temps sur ce qui compte vraiment.
La vérité est plus simple : personne ne sera remplacé par une IA. Mais certains seront remplacés par des confrères qui savent l’utiliser.
C’est vrai dans l’industrie, dans la comptabilité, dans l’agriculture. La question n’est pas de se protéger de l’IA. C’est de prendre le train en marche, à votre rythme, avec votre bon sens.
Un dernier message à adresser aux futurs participants de l’assemblée générale ?
SG : Venez avec vos questions, pas avec vos certitudes.
J’interviens rarement devant un public aussi ancré dans le réel que le vôtre. Vous êtes des chefs d’entreprise qui dirigent avec peu de marge d’erreur : une saison ratée, une décision mal prise, et c’est l’année qui bascule. Vous savez ce que valent les transformations qui tiennent dans le temps, et celles qui ne sont que du vent.
Je ne viens pas vous vendre l’IA. Je viens vous partager une méthode pour qu’elle vous serve, plutôt que l’inverse.
Et on va aussi s’amuser, je glisserai un peu de magie. Parce que pour bien comprendre l’innovation, il faut d’abord accepter de s’émerveiller.
Propos recueillis par Carole MEILLEUR
